Interview avec Rolf Steiner, commune de Küsnacht - «Nous parlons ici du chantier transparent»

08.10.2018

La numérisation fait également son chemin dans la construction routière et le génie civil. Entretien avec Rolf Steiner, directeur adjoint du génie civil de la commune de Küsnacht (ZH) et initiateur du projet pilote Eigenheimstrasse.

Qu’est-ce qui a motivé la commune à lancer un projet pilote dans la construction routière et le génie civil?

Nous attendons beaucoup de la numérisation, surtout pour nous, les maîtres d’ouvrage. C’est pourquoi nous voulons en influencer activement l’évolution. Nous pourrions aussi attendre de voir et laisser deux ou trois autres passer devant nous. Mais il nous manquera alors notre propre expérience et nous ne pourrons plus faire que du copier-coller.

Où voyez-vous le plus grand intérêt pour vous en tant que maître d’ouvrage?

Pour moi, il y a deux points essentiels: l’assurance qualité et la plate-forme de connaissances complète. Nous parlons ici du «chantier transparent». Il arrive que nous devions rénover des routes, alors qu’elles n’ont été rénovées qu’il y a quelques années. J’aimerais que soit documenté dans le modèle ce qui a été réellement posé et dans quelle qualité. C’est pourquoi, dans le projet Eigenheimstrasse, des informations relatives au chantier, telles que les épaisseurs des couches posées, les matériaux, les fournisseurs et les températures ambiantes à la pose, doivent être intégrées dans le double numérique.

Vous voulez suivre l’avancement des travaux depuis votre bureau?

Il ne s’agit pas de devenir un maniaque du contrôle. Ce ne serait pas la bonne approche. Mais avec ce modèle, nous pouvons effectuer l’assurance qualité en interne et travailler avec les données tout au long du cycle de vie de l’ouvrage. Cela permet une planification ciblée des investissements.

Comment aimeriez-vous analyser les données?

Notre infrastructure est un dépôt de ressources. Pour moi, ce n’est rien d’autre que du capital enfui dans le sol. Nous devons savoir exactement ce que vaut notre infrastructure et combien nous devons investir pour l’entretenir. Notre intention est de refermer autant que possible le cycle des matériaux au niveau de la commune.

Vous avez lancé pour la première fois un appel d’offres pour un processus de construction numérisé. Est-ce que tout ce que vous avez imaginé est possible?

C’était une question intéressante pour moi: où en est le marché? J’ai été confronté au préalable à diverses préoccupations, y compris le fait que nous pourrions être trop exigeants pour le marché. C’est pourquoi nous avons délibérément maintenu la préqualification ouverte et demandé aux entrepreneurs de nous montrer comment ils gèrent les différentes possibilités en matière de numérisation dans des domaines tels que les matériaux de construction, le génie mécanique, la réalisation et l’arpentage. Nous avons été surpris de voir à quel niveau les meilleurs se situent. Nous avons maintenant les bases pour l’appel d’offres concret de la deuxième étape.

Une procédure en deux étapes est assez inhabituelle dans la construction routière et le génie civil.

La procédure en deux étapes était bien adaptée à cette fin. Elle nous a permis de faire une présélection ciblée. Les mécanismes actuels du marché de la construction routière et du génie civil ne favorisent pas les évolutions innovantes. 

Pourquoi pas?

Parce que nous avons besoin d’autres règles pour ce faire. Nous avons besoin d’une philosophie dans laquelle les erreurs sont autorisées et nous ne pouvons pas demander d’abord: A qui la faute? Qui va payer? Cela n’est possible qu’avec une équipe qui participe activement. L’esprit d’équipe est extrêmement important pour un nouveau développement. Il faut aussi une bonne dose de courage.

Que recommanderiez-vous aux autres maîtres d’ouvrage?

J’encourage tout le monde à réaliser un tel projet. C’est le moment. Mais cela ne fonctionne qu’avec un engagement à 100 pour cent. Quiconque se contente de dire: «Je veux la numérisation, mais je ne veux pas y consacrer de ressources» ferait mieux de laisser tomber. On ne peut pas procéder à une telle évolution juste comme ça en passant. Ça doit être l’affaire du patron. Et: apprendre, apprendre et encore apprendre sur des projets concrets. C’est très excitant et je suis convaincu qu’il y a beaucoup de potentiel. Pour tous les intervenants dans le projet. Parce qu’il est très important pour moi que tous les intervenants, maître d’ouvrage, planificateur, entrepreneur, contribuent au succès de la numérisation.

Le projet Eigenheimstrasse
La commune de Küsnacht (ZH) et l’entreprise Werke am Zürichsee AG souhaitent promouvoir la numérisation dans la construction routière et le génie civil. Leur premier projet pilote est la rénovation complète de la Eigenheimstrasse, une rue de quartier de 370 mètres de long. Basler & Hofmann a planifié la rénovation dans un modèle numérique (BIM Infra) et assiste la commune en matière de soumission des entrepreneurs. La commune effectue une procédure en deux étapes avec préqualification. Sur huit participants, trois entreprises de construction se sont qualifiées pour la deuxième phase.